GERONIMO 

  1829-1909

Les cavaliers avancent au petit trot , ils chevauchent bottes à bottes , dirait-on aujourd'hui. Mais ceux -là ne portent pas de bottes , ils sont chaussés de mocassins , ce sont des Indiens , des Apaches . Ils reviennent de la ville mexicaine voisine , où ils ont fait du commerce et ils parlent peu , c'est leur nature d'être taiseux .

A un moment donné , l'un deux pointe le doigt dans la direction de leur campement tout proche , dans un geste d'alerte : des oiseaux de proie évoluent en grands cercles sinistres dans le ciel . . . Les hommes comprennent immédiatement : ces gens du désert ne connaissent que trop bien la signification de la présence des charognards ; il a du arrivé un malheur . . . Et de fait , au fur et à mesure de leur approche du village , leur inquiétude grandit , car nul bruit n'émane de celui-ci , ni les habituels cris d'enfants , ni les jappements des chiens et encore moins la fumée odorante du repas du soir . . . Seul , un silence de mort les accueille. . .

Et c'est bien de mort qu'il s'agit : ils découvrent une vision d'horreur : d'abord un , puis deux , puis des dizaines de cadavres . leurs proches , leurs familles , leurs amis , femmes , enfants , vieillards , gisent dans le sang et la poussière égorgés ou tués par balles ou assommés sauvagement ! On apprendra bien vite que ces monstrueux assassinats ont étés perpétrés par des soldats des troupes mexicaines , lâchement , pour rien . . . << A titre d'avertissement >> , pourrait-on oser dire . Mais ils s'en repentiront pendant des années , car , ils viennent d'enclencher un processus aux conséquences incalculables , irréversibles . . .et mortelles . 

 

Il se fait que , parmi les malheureuses victimes , se trouvent l'épouse , la mère et les deux fils d'un guerrier nommé Goyathlay ( ou Goyaalé ) . . .

L'ignominie de ce crime va engendrer dans l'esprit de l'apache de 29 ans une haine inextinguible et bien légitime de l'homme blanc , ce terrible prédateur , et il se fait le serment de saisir toutes les opportunités qui lui seront données d'en tuer le plus possible et le plus souvent possible , son âme sera désormais pénétrée d'un désir de vengeance jamais assouvi et toujours plus violent . En ce jour fatal du printemps 1858 , sa destinée est scellée définitivement ainsi que celles de centaines d'^ztres et c'est son surnom qui s'inscrira en lettres sanglantes dans l'Histoire : Géronimo . . . 

 

GERONIMO est le nom espagnol de Jérôme et le surnom viendra au cours d'une bataille de représailles contre les mexicains avec les guerriers de Cochise , il est rapporté que Goyathlay attaqua les soldats à plusieurs reprises , armé de son seul couteau , et au mépris des balles sifflant autour de lui , et ce , avec une telle fougue , avec une telle hargne , que les mexicains impressionnés , voire effrayés , se prennent à évoquer leur saint Protecteur , Saint Jerôme , criant " Geronimo , Geronimo ! " ...Le sobriquet sera retenu , et par l'Indien , et par ses ennemis ... 

Geronimo , guidé par sa rancoeur farouche , se fera connaître pour sa bravoure , son audace , ses capacités de tacticien de la guérilla , ses raids couronnés de succès. Cela lui fera même attibuer des pouvoirs surnaturels , y compris celui d'invunérabilité ! pour les Apaches , il incarnera l'essence meme de leurs valeurs tribales / agressivité et courage devant le danger , détermination devant les difficultés , mépris total envers la mort , la sienne et celles des autres , qualités qui causeront de grandes frayeurs chez les colons et les autochtones . 

Il faut savoir qu'il n'était pas chef par hérédité , et il ne le fût donc jamais , mais homme-médecine , voyant et guide spirituel et intellectuel de son peuple . Les chefs apaches , notamment Cochise et Mangas Coloradas , s'en remettaient et même dépendaient de son conseil ; c'était un homme avisé et sage et si sa famille n'avait pas péri d'une manière aussi révoltante , peut-être n'aurait t'on jamais entendu quoi que ce soit à son sujet . 

Pour dissiper la confusion concernant sa position hiérarchique , précisons que le vrai chef des Apaches Chiricahuas était Juh , beau-frère de Géronimo . Or , Juh étant atteint de difficultés d'élocution caractérisée , Géronimo devint son représentant et porte-parole ( sans jeu de mots ) et tenu ensuite par beaucoup comme chef . 

Pour s'être battu contre des ennemis d'une supériorité évidente , et en nombre et en armes , et être le seul à leur avoir tenu tête si longtemps , il deviendra l'Apache le plus célèbre de l'Histoire des Etats-Unis . Pour les mexicains et les pionniers , et plus tard l'armée , il sera un meutrier sans pitié , aux mains couvertes de sang et considéré comme tel jusqu'au milieu du 20eme siècle . 

Pourtant , à l'origine , les Chiricahuas étaient un peuple d'ittinérants saisonniers , pour la plupart chasseurs et fermiers . Quand la nourriture venait à diminuer , la coutume était d'organiser des raids auprès des tribus voisines ! Raids et vengeance était une manière de vivre << honorable >> dans ces tribus . . . Cette belle harmonie aurait pu durer si , bien avant l'arrivée des colons américains , il n'y avait déja eu les Espagnols qui , se retranchant dans ces régions , et étant constamment en quête d'esclaves ou de conversions au catholicisme , n'étaient venus . . . 

Dix années de luttes incessantes vont se dérouler , avant que Cochise ne se décide à négocier des accords de paix , et obtienne la création d'une réserve sur les terres apaches. Mais en 1876 , les Indiens sont déportés vers l'aride et désertique région de San Carlos . . . L'homme Blanc a toujours parlé avec une langue fourchue . . .

Géronimo fuit avec son beau-frère , Juh , mais ils sont arrêtés quelques mois plus tard au Nouveau-Mexique et reconduits en réserve . Jusqu'à la fin des années 70 , Géronimo va se tenir tranquille ,mais le meurtre en 1881 , d'un << prophète >> apache par les soldats le conduit à reprendre les armes . En compagnie de Juh et de plusieurs guerriers , il trouve refuge dans les montagnes de la Sierra Madre , d'où seront lancées de violentes attaques contre les colons blancs et les troupes mexicaines . Les raids des Apaches vont débordés en Arizona et au Nouveau-Mexique , ce qui provoquera l'intervention de l'armée des Etats-Unis , désireuse de protéger ses ressortissants . 

 

 

                 Géronimo ( à l'extrême droite ) et ses guerriers 

En mai 1883 , des éclaireurs apaches à la solde des troupes du gouvernement américain surprennent le camp des insurgés . Ceux-ci acceptent le principe d'une reddition , et Géronimo retourne à la réserve de San Carlos . Pas pour longtemps : en 1885 , l'arrestation soudaine du guerrier apache Ka-ya-ten-nae , associée à des rumeurs de jugement sommaire et de lynchage , pousse Géronimo à s'enfuir de nouveau , avec 35 hommes et 109 femmes et enfants . La bande va lancer plusieurs attaques sur l'Arizona et le nouveau-mexique . En janvier 1886 , il est encore débusqué par des éclaireurs apaches et il se rend au Général Cook , acceptant de regagner une nouvelle fois sa réserve . . . Avant de se raviser et de s'échapper dans les montagnes avec une quinzaine de braves , quelques femmes et enfants ! 

Cette fois , c'est le Général Milles qui reprend la poursuite .. .  Les articles de presse montent en épingle les exploits des Apaches ; ils exagèrent tellement que Géronimo est désormais défini comme le plus sauvage , le plus sanguinaire , le plus ifame , redouté et redoutable des Indiens . . . Tant et si bien que , pour le traquer , l'armée mobilise rien de moins que . . . 5000 hommes ( le quart de ses effectifs ) , 500 éclaireurs , et plus de 3000 soldtas mexicains !!! 

La cavale va encore durer 5 mois : forts de leurs connaissances des modes de survie en conditions ultimes , organisant une mobilité extrèmement souple et pratiquant la tactique de la surprise , Géronimo et ses partisans ne se rendront , épuisés , au Général Milles , que le 4 septembre 1886 , à . . . Skeleton Canyon ( le canyon du squelette ) ! 

Tout d'abord , ils se retrouveront prisonniers en Floride , à Fort Manion . Mais le climat chaud et humide se révèle malsain pour ces hommes du désert , et plusieurs d'entre eux meurent rapidement  . En 1887 , on les transfères à Mount Vernon , en Alabama et , en 1894 , enfin , les survivants sont emmenés à Fort Sill en Oklahoma . 

Ci-contre , bande d'Apaches prisonniers , en 1886 , Géronimo est le troisième au premier rang à partir de la droite 

Géronimo est alors agé de 65 ans , il devient fermier , se converti au christianisme et apparaît dans des fêtes et des expositions , notamment à St-Louis en 1904 et vend photos et souvenirs de lui-meme . . . Cependant , il regrettera toujours de s'etre rendu , à fortiori qu'il lui sera obstinément interdit de regagner ses terres originelles . Il participera même à la parade d'inauguration du Président Théodore Roosevelt en 1905. De 1905 à 1906 , il dictera son auto biographie . En 1909 , Géronimo s'éteint , victime d'une pneumonie ; il sera enterré au cimetière indien de Fort Sill . . .

Tombe de Géronimo au cimetière indien de Fort Sill

Le guerrier impitoyable , le tacticien hors pair , le guérillero habile va entrer dans le Panthéon des légendes américaines , et il va lui être consacré de nombreux ouvrages littéraires et , bien sur , cinématographiques . Dans ce dernier domaine , j'ai dénombré pas moins de 26 films TV et cinéma ou il apparaît , ou qui lui sont dédiés , certains plus ou moins heureux , d'autres pas très bien conçus , ou pas conforme à la réalité , sinon partisans et ce , dans l'acceptation péjorative du terme . . . 

 

Le point de vue le plus important de sa carrière est que sa reddition aura marqué l'arrêt définitif des actions de guérilla des Indiens aux Etats -Unis . 

 

EPILOGUE 

 

J'ai mentionné , lors de la rédaction de mon article concerant Sitting Bull , que les restes de ce dernier avaient étés dérobés des années après . Eh bien , c'est à croire que c'est une manie dans ce pays , mais ce fut le cas aussi pour ceux de Géronimo

Quelques -uns de ses restes ont étés volés de sa tombe de Fort Sill en 1918 : la violation de sépulture a été commise par trois membres d'une société secrete dénomée " Skull and Bones " ( " Crane et Os " ) ... ça ne s'invente pas ! et appartenant à l'université de Yale ...

Détails croustillant : l'un des 3 hommes n'était autre que Prescott Bush , le propre grand-père de . . . Georges W. Bush himself , ancien président des Etats-Unis ! 

Il fut rapporté que le crâne , des os , et divers objets ( dont une bride en argent ) furent emportés et devaient etre utilisés ultérieurement au cours de cérémonies rituelles sur le campus universitaire ! Vous m'en direz tant . . . 

Bien que l'histoire est fort connue ( pour une société secrète , pas de chance ! ) , on la tient pour peu probable , sinon apocryphe ; de plus , il a ensuite été avancé que les restes en question auraient étés des faux , voire meme d'os d'animaux . . .

Info ? Intox ? Les journalistes n'en sont jamais à un bobard de plus ou de moins pour faire vendre leurs feuilles de choux , et comme l'on connait le gout des américains pour le sensationnalisme de bazar , je ne m'étendrais pas davantage sur ce détail , que j'ai mentionné pour la petite histoire , et ça n'enlevera rien au prestige de l'homme qui avait fait de la vengeance sa raison d'être. . .  J'avoue que , d'un certain point de vue , je le comprends assez bien .