Le Pennsylvania long rifle: l'arme des colons.

Certaines armes ont un destin particulier, ils jouent un grand rôle dans l'histoire de leur pays, comme le Chassepot Français, le Dreyse Prussion ou le fusil Lebel, ils sont chargés d'histoire et ont dépassé le stade de l'arme outil pour devenir un symbole.

Le long fusil de Pennsylvanie souvent appelé Kentucky conquis deux choses, la liberté des colonies britanniques et le territoire américain aux mains des trappeurs et aventuriers qui ont exploré les contrées vierges de l'ouest toujours plus loin. Voici l'histoire de ce fusil exceptionnel. 

 

Le Pennsylvania Long Rifle

 

L'utilisation par Daniel Boone du Long Rifle de Pennsylvanie dans le Kentucky fut si célèbre que cette arme est devenue plus largement connue comme le fusil Kentucky, mais à l'origine c'est bel et bien un Pennsylvania Long Rifle.

Selon l'historien Henry Kauffman, avant l'apparition du Long Rifle Pennsylvania, la plupart des armes à feu trouvées en Amérique du Nord étaient des fusils lisse montés avec canons relativement courts.

Bien que ces armes à feu aient été relativement efficaces pour leur époque, ils étaient peu aisés à recharger et leurs alésages lisses ne permettaient qu'une très faible précision. Au début des années 1700, Martin Mylin, un immigrant allemand du comté de Lancaster, produit le premier modèle de ce qui allait être appelé Pennsylvania Long Rifle. Cet immigrant fut sans aucun doute inspiré par ce qu'il connaissait dans son pays d'origine où l'on fabriquait des Jaëger rayés pour la chasse.

Bien qu'il y ait un débat virulent sur la paternité de Mylin en tant que véritable inventeur du Long Rifle Pennsylvania.

Selon une enquête par le Dr Timothy Trussell et Joel Dworsky de l'Université Millersville, le fait qu'une carabine de 1704 porte la marque de Martin Mylin semble suggérer que l'armurerie de Mylin est en effet le berceau de l'arme la plus efficace et l'une des plus connue dans l'histoire américaine de cette époque.

Capable de tirer cinq fois plus loin que les fusils contemporains, le Long Rifle Pennsylvania avait une portée efficace d'environ trois cents mètres et était extrêmement précis pour l'époque. Ces augmentations de performances incroyables à la fois sur la portée et la précision sont dues à la rayure longue du canon qui imprime une rotation à la balle.

Selon Kauffman, la rotation lente dans un canon long produit un tir qui était beaucoup plus précis que les balles de mousquet lisses classiques qui ont tendance à dériver de leur ligne de tir.

D'un point de vue technique, au départ du coup, la relative petite quantité de poudre à canon (comparée aux charges des mousquets ) est allumée, créant une grande quantité de pression dans le canon, puisque la balle plus serrée et plus adaptée au calibre serre fortement dans les rayures. La balle quitte le canon, après avoir subi le guidage dans les rayures qui lui imprime une rotation sur son axe. Ces armes possèdent un pas de rayure long si on le compare aux armes postérieures, il est évident qu'un pas plus rapide aurait donné une stabilité plus grande en augmentant la vitesse de rotation mais les projectiles sont en plomb pur et un pas de rayure plus court alié à des charges de poudre développant beaucoup de pression aurait pour effet de faire sauter les rayures au projectile. Ceci arrive si on met une charge trop importante, sous la pression la balle n'entre pas en rotation mais file droit laissant un dépôt de plomb dans les rayures et la précision bien sur chute. Tous les tireurs ayant tenté de sur charger une arme ont constaté le phénoméne. Une diminution de la charge faisant rentrer les choses dans l'ordre.

Conformément aux lois de l'inertie, la balle reste en rotation jusqu'à la cible, profitant d'une stabilisation gyroscopique sa portée augmente car le projectile déviera de sa trajectoire que beaucoup plus loin et par conséquent la précision augmente dans de fortes proportions. Canon rayé contre canon lisse c'est un peu comme une flèche sans empennage et une flèche empennée.

Les archers avaient découvert les vertus de la rotation du projectile. Une flèche munie d'un empennage vole beaucoup plus loin et beaucoup plus droite qu'une flèche sans plumes. Si lors du montage des empennages les plumes sont légèrement désaxées ce qui imprime une rotation au projectile.

 

Equipé de ce fusil plus puissant et plus précis à de grandes distances, hommes des bois, aventuriers et trappeurs tels que Daniel Boone ont utilisé cette arme pour la chasse avec grand succès. L'arme servait principalement pour la chasse, mais bien sur elle servait aussi pour la défense. Les calibres pouvaient aller du calibre 31 au calibre 50 selon les désirs du client. Souvent c'est un moyen terme qui est utilisé et la plupart des armes étaient de calibre 41 ou 45.

Selon Felix Reichmann, si Boone était bien originaire de Pennsylvanie. C'est à cause de lui que l'on prit l'habitude de nommer ces armes des Kentucky car Boone est devenu une figure légendaire. Il était l'un des premiers colons européens venu dans le Nouveau Monde pour essayer de dompter la nature sauvage de ce qui était alors connu sous le nom sud-ouest américain.

Chasseur de talent, Boone disparaissait souvent plusieurs mois dans la nature avec son fusil et un maigre équipement. Il réapparaissait avec son butin et de nouvelles aventures à raconter. Boone est à l'origine de la création de la ville de Boonesborough dans l'actuel comté de Madison au Kentucky. Il avait réussi à dompter les contrées sauvages du Kentucky grâce à son courage, son opportunisme et à l'utilisation de son précis et fiable Long Rifle.Le gibier de Boone était aussi bien des écureuils que des ours ce qui aurait été impossible avec un mousquet était envisageable avec ces nouvelles armes longues, puissantes et précises. Il ramenait de nombreuses peaux d’animaux très recherchées et elles se vendaient bien et cher. Dans la mesure du possible il essayait de tirer les ours depuis un point haut ce qui ajoutait encore à la puissance de l'arme et était nécessaire pour mettre hors de combat l'un des plus puissants adversaires de l'homme des bois.

Dans une partie plus sombre de l'histoire américaine, Boone a aussi utilisé son fusil contre les Amérindiens, en particulier les Shawnee.

En raison de ses succès en tant que pionnier dans le Kentucky, les gens ont commencé à nommer à son Long Rifle Pennsylvanie comme un Long Rifle Kentucky, d'où le changement de nom.

 

Cependant, l'utilisation du Long Rifle ne se limite pas aux sentiers de chasse de Backwoods et du Kentucky.

 

Le Long Rifle Pennsylvanie a également fourni un avantage militaire considérable pour l'armée continentale pendant la Révolution américaine. Les soldats britanniques de l'époque étaient équipés de fusils à canon lisse: le réglementaire Brown Bess de calibre 70. Arme puissante, sa portée était inférieure et leur précision aléatoire à plus de 50m. Réglementairement le tir se faisait au commandement et par salves sur l'ennemi. Durant cette époque et ensuite les guerres napoléoniennes qui usaient des mêmes armes, on considère qu'en combat, il fallait tirer le poids d'un homme en plomb avant de faire une victime.

Si les troupes régulières de la révolution étaient équipées d'armes équivalentes au Brown Bess, il fut fait usage de troupes coloniales volontaires venant de tous les horizons, souvent des fermiers, des chasseurs, des bûcherons mais des hommes habitués à manier leur Long Rifle qui était devenu l'arme unique fabriquée par tous les fourbisseurs et armuriers du pays. Ils avaient les mêmes caractéristiques que le rifle de Boone, puissance, portée et précision.

La stratégie était simple, les coloniaux souvent en nombre inférieur ne s'attaquaient jamais aux troupes anglaises de face mais menaient une guérilla. Tirant depuis la lisière des forêts ils décimaient des troupes anglaises puis disparaissaient. On utilisaient même ces troupes d'une façon particulière. Les coureurs des bois étaient chargés de décimer les « emplumés » à l'époque les uniformes des officiers étaient conçus pour être vus par leurs hommes pour les guider. Mais ils étaient vus par l'ennemi aussi, et quand l'ennemi peut tirer de loin et avec précision.... les officiers sont en danger. Les troupes coloniales se firent une spécialité du tir sélectif des officiers. On a rapporté certains coups de fusils à longue distance impossible à réaliser avec une autre arme à cette époque comme ce trappeur qui à 425 yards (388m) mit fin à la carrière d'un officier anglais juché sur son cheval ou un autre coureur des bois qui défit 3 officiers d'infanterie en un peu plus d'une minute et demi à plus de 250 yards (230m) faisant fuir la troupe sous leurs ordres.

Si le Long Rifle n'a pas gagné la guerre d Indépendance, la contribution des troupes irrégulières armées de ces armes fut importante.

Les effets dévastateurs du Long Rifle de Pennsylvanie furent visibles au cours de deux grandes batailles. La première, la bataille de Saratoga, eut lieu en Octobre 1777 dans l'est de New York. Selon l'historien et auteur Don Nardo, cette bataille du début de la guerre d'indépendance permit aux forces britanniques de faire l'expérience des implications militaires dévastatrices de la carabine et fusil rayés. Utilisant des techniques de combat en usage sur le sol européen, les troupes de la couronne sont restées fidèles à la ligne d'infanterie et au tir au commandement. Marchant en ordre de bataille en terrain ouvert, ils pensaient pouvoir submerger les colons par leur puissance de feu de salve.

Armés de Pennsylvania, les colons américains ont préféré se cacher parmi les arbres. De là, ils avaient une excellente couverture à partir de laquelle attaquer les forces britanniques. Les troupes régulières britanniques avaient l'avantage du nombre et une certaine puissance de feu mais ni l'allonge, ni la précision qui permettrait de déloger leur ennemi à couvert. Les tireurs d'élite américains faisaient mouche bien plus souvent que les soldats réguliers et creusèrent des brèches dans les rangs anglais.

Cette bataille a représenté une victoire importante, à la fois militairement et psychologiquement, pour les colons. Ils avaient enfin trouvé un moyen de s'engager avec succès contre ce qui était considéré à l'époque comme la plus puissante armée du monde civilisé. Jusqu’à cette bataille, la victoire finale semblait illusoire mais le coup porté à Sarratoga prouvait qu'avec des armes supérieures et une autre approche du combat une force moins nombreuse, peut être moins disciplinée et aguerrie au combat pouvait l'emporter par la supériorité écrasante et le modernisme de leur armement et une technique de combat adaptée au terrain.

 

De plus, Saratoga a représenté la naissance d'un tout nouveau style de guerre. Au lieu de combattre comme des «messieurs», comme la plupart des armées européennes se battaient, en ligne prenant presque rendez vous pour le combat, s'approchant de l'ennemi lentement, serrant les rangs au rythme des pertes. Une stratégie sans aucun respect de la vie des soldats qui étaient jetés dans le creuset de la guerre et qui fondaient comme le plomb pour couler les balles.

Les colons américains ont organisé une des premières guerres de guérilla avec succès dans ce Nouveau Monde. Ils ont privilégié le couvert, la mobilité, le tir à longue distance plutôt que la bataille rangée dans laquelle ils auraient perdu toute chances car si le Long Rifle est supérieur au mousquet en général il lui est inférieur dans la vitesse de chargement.

 

La deuxième grande bataille dans laquelle le Long Rifle c'est illustré a été la bataille de la Montagne du Roi qui eut lieu en 1780 en Caroline du Nord. Cette bataille revêt une importance particulière parce que, selon Anthony Allaire et Isaac Shelby, les troupes anglaises étaient équipées du dernier modèle de mousquet Brown Bess le Short Land Pattern considéré comme étant le meilleur et amélioré par rapport au Long Land alors en service. Malgré cela les colons avaient toujours l'avantage car même si le nouveau modèle était meilleur, les Long Rifle restaient largement supérieurs par leur portée et leur précision. Le mousquet restera en service jusqu'au milieu du 19eme siècle, soit transformé à percussions soit même encore à silex comme à l'origine, il sera encore en service en 1857 dans les troupes britanniques lors des rebellions indiennes ou au main des mexicains lors de la révolution du Texas.

Le Long Rifle et ses évolutions resterons l'arme de base des colons pendant environ une centaine d'année jusqu'à l'arrivée des armes rayées de gros calibre de la guerre de Sécession qui furent rapidement supplantés par les armes à cartouches et à répétition.

 

Le Pennsylvania Long Rifle fut un atout pour l'indépendance du peuple américain, puis il fut l'outil de la colonisation. Outil de tous les jours pour la chasse ou la défense, c'est une arme qui en son temps à posé les fondement des armes qui viendraient ensuite. Il s'est transformé et adapté selon les régions et les besoins. Le long et élégant fusil devint plus lourd et plus puissant quand on atteignait les grandes plaines, il devient le fameux Hawken qui est simplement une version plus lourde et plus puissante du Pennsylvania. C'est une arme qui est ancrée dans l'imaginaire et la littérature, c'est l'arme de « Longue Carabine » dans l'oeuvre de Fenimore Cooper, c'est l'arme du Patriot dans le film du même nom, c'est le fusil de Davy Crocket et Kit Carson.

 

Pour les tireurs et amateurs d'armes américaines posséder un Pennsylvania ou un Kentucky comme il est souvent nommé c'est un plaisir rare quand il est d'origine mais les copies peuvent donner énormément de satisfaction, à silex ou à percussion avec cette arme en main vous aurez toujours une pensée pour l'histoire de cette arme qui peut être à permis la libération des colonies anglaises , qui sait si sans lui l'histoire aurait été la même ?